Miassoroubka
Miassoroubka
Thomas Brisson : Je ne te vois pas ! Je ne te vois pas ! (Oh… Fukushima)
Je ne te vois pas ! Je ne te vois pas ! (Oh… Fukushima.)
Thomas Brisson
Maitre A. est d’une timidité émouvante. Derrière ses lunettes ses yeux disparaissent presque, même si je peux voir qu’ils sont animés d’un mouvement propre quand tout son être demeure d’une profonde immobilité. Il n’a accepté de venir nous parler de sa pratique du zen, depuis son université du nord du pays, qu’au nom d’une vieille amitié pour l’organisateur du séminaire qui nous réunit, au sein du département de littératures comparées franco-japonaises d’une grande université de Tokyo. Sa voix restera lente et juste audible, d’une atonie pourtant agréable qui rendra d’autant plus inattendues les pointes d’ironie qui, soudainement, secouent son discours. Essayant, sans nécessairement y croire, de nous faire saisir par des mots (qui plus est, pour lui, étrangers) ce qu’est le zen, il dit qu’il peut nous arriver d’avoir froid ; mais que le froid, lui, n’a pas froid. Mais il peut aussi emprunter les mots de Supervielle – dont il est le traducteur en japonais : « La mer, quand personne ne la regarde, n’est pas la mer, c’est la mer pour la mer ».
(…)
vendredi 20 mai 2011